Pétrole en Guyane : le bras de fer entre écologie, développement et souveraineté se poursuit

Rédigé le 02/02/2026

Jeudi dernier, le Sénat a adopté la proposition de loi portée par le sénateur guyanais Georges Patient, visant à autoriser la reprise de l’exploration et de l’exploitation pétrolière dans les territoires ultramarins. Une avancée symbolique pour les partisans du texte, mais loin d’être une victoire définitive. 

Le projet ne fait pas l’unanimité au sein du gouvernement. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, y reste opposée, invoquant les engagements environnementaux internationaux de la France. À l’inverse, la ministre des Outre-mer, Naima Moutchou, se montre plus ouverte à la discussion. Le texte doit désormais être examiné à l’Assemblée nationale, où les députés guyanais et ultramarins y sont favorables.

« La décision doit être guyanaise »

Député de la deuxième circonscription de Guyane, Davy Rimane appelle à la prudence mais salue l’ouverture du débat. Pour lui, il y a encore du chemin à parcourir.

« Je ne parlerai pas de satisfaction, puisqu’on est loin d’arriver au bout des choses, mais ça ouvre des perspectives ».

L’élu rappelle le contexte régional, marqué par une forte dynamique d’exploration énergétique chez les voisins de la Guyane. Pour Davy Rimane, ce texte s’inscrit dans une logique plus large d’autonomie et de souveraineté économique :

« Il faut que ce texte soit porté par des parlementaires qui défendent réellement les intérêts de la Guyane. Le temps où l’on décidait de l’avenir des Guyanais depuis l’Hexagone, sans connaître nos réalités, c’est terminé. »

Selon lui, l’objectif n’est pas de demander une autorisation, mais d’imposer un débat politique clair à l’Assemblée nationale.

Un avertissement déjà lancé à l’Assemblée nationale par Jean-Victor Castor

En mars 2025, le député guyanais avait déjà interpellé le gouvernement sur ce qu’il considère comme une contradiction majeure de la politique française :

« Par sa forêt, la Guyane offre à la France le droit de polluer. En retour, quelles sont les conséquences pour la Guyane ? Mise sous cloche, interdiction de valoriser la moindre ressource, appauvrissement inacceptable de la population. »

Il dénonçait alors une situation où, malgré un sous-sol riche en ressources (coltan, lithium, gaz ou pétrole), les Guyanais resteraient exclus des bénéfices :

« Bien que la Guyane soit dotée de multiples ressources, la France condamne les Guyanais au sous-développement. Ils n’attendront pas sagement que vous décidiez pour eux. »

Une bataille politique loin d’être tranchée

À l’Assemblée nationale, le débat s’annonce tendu. Si le Rassemblement national a exprimé un soutien au texte, la droite et la majorité présidentielle restent divisées. La gauche, quant à elle, demeure majoritairement opposée au projet, au nom de la protection de l’environnement.

Le calendrier pour le vote de ce projet de loi n’est, pour l’instant, pas déterminé. En attendant, le débat sur l’avenir énergétique et économique de la Guyane se poursuit.