Hier soir, les députés ont voté en faveur du texte interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec 130 voix pour et 21 contre. Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé vouloir accélérer la procédure afin que la mesure puisse entrer en vigueur dès la rentrée prochaine. Très engagé sur ce dossier, le chef de l’État a salué « une étape majeure » et justifié cette réforme sur le réseau social américain X :
« Parce que le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre. Ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois. »
Le gouvernement cible notamment TikTok, Instagram et Snapchat, accusés d’impacts négatifs sur la santé mentale des adolescents.
Des collégiens évidemment opposés à Cayenne
Au collège Gérard Holder à Cayenne, la mesure est loin de faire l’unanimité chez les élèves de cinquième. Certains reconnaissent l’intérêt d’un encadrement, tout en jugeant l’interdiction trop stricte :
« C’est une bonne chose, mais pas pour les moins de treize ans, parce que pour les élèves plus âgés, c’est important pour communiquer entre nous. »
D’autres s’y opposent totalement :
« Je ne suis pas d’accord. Ça prive ceux qui n’ont pas de problème avec les réseaux sociaux. Ça sera difficile d’accepter ça. »
Des parents globalement favorables à l’interdiction
Du côté des parents d’élèves, le projet de loi est accueilli de manière plus positive. Beaucoup estiment ne pas pouvoir contrôler efficacement les contenus auxquels leurs enfants sont exposés :
« On ne peut pas contrôler ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas de leur âge, ce n’est pas fait pour eux. Ils auront le temps de découvrir tout ça, le mieux en étant majeur »
Pour certains, le danger réside dans les différents contenus des plateformes :
« Le problème avec les réseaux, c’est qu’il y a de tout, des bonnes et des mauvaises choses. Et bien sûr, les jeunes s’intéressent surtout à ce qu'il ne devraient pas. »
Prévention, addiction et cyberharcèlement
Sur le terrain, les professionnels de l’éducation voient dans ce débat un moyen de prévention supplémentaire. Samuel, agent de prévention et de sécurité au collège Gérard Holder, évoque les risques liés à un usage excessif :
« On sait qu’il y a des risques d’addiction, des comportements inadaptés, du cyberharcèlement. C’est un outil qui contrôle de plus en plus l’élève, au lieu que ce soit l’élève qui le maîtrise. On y travaille au quotidien »
Interdire oui, mais accompagner et expliquer c’est mieux
Pour la psychologue Morgane Fleurival, l’interdiction seule ne suffira pas à répondre aux enjeux de fond :
« Les impacts psychologiques concernent le développement émotionnel, la concentration, la construction de l’identité. Mais interdire pour interdire, ça doit s’accompagner d’un vrai travail d’éducation et d’accompagnement des jeunes. »
Si le texte est définitivement adopté, la France deviendrait le deuxième pays au monde, après l’Australie, à mettre en place une législation aussi restrictive pour les mineurs. Les messageries privées, comme WhatsApp, ne seraient toutefois pas concernées, a précisé la députée Laure Miller, porteuse du texte.
Prochaine étape : la proposition de loi doit être examiné au Sénat et ce « dans les semaines à venir » a indiqué la ministre du Numérique, Anne Le Hénanff.